Church
L’Église orthodoxe éthiopienne au bord du schisme : une nouvelle menace pour la paix
L’Éthiopie, à peine sortie d’un conflit dévastateur dans le Tigré, fait face à une nouvelle crise, cette fois au sein de l’institution religieuse la plus ancienne et la plus influente du pays : l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo. Au cœur de cette tension se trouve une fracture historique entre le pouvoir religieux central, traditionnellement lié au Tigré, et les aspirations de la communauté Oromo, la plus nombreuse du pays.
Le point de rupture : la question Oromo
Historiquement, l’autorité de l’Église orthodoxe éthiopienne, l’une des plus anciennes du monde, a été centralisée dans la région du Tigré, au nord. Cependant, le gouvernement éthiopien actuel soutient une branche dissidente de l’Église, portée par des religieux Oromo. Ces derniers réclament une plus grande reconnaissance de leur identité culturelle et linguistique au sein de l’Église. Leurs revendications sont claires : ils souhaitent la diffusion d’une bible en langue Oromo, l’ouverture d’une université orthodoxe Oromo et la tenue de messes dans leur langue.
Ces demandes reflètent un profond sentiment de marginalisation. La communauté Oromo, la plus grande ethnie d’Éthiopie, a souvent été perçue comme un parent pauvre de l’Église orthodoxe, ce qui aurait, selon les religieux Oromo, provoqué une désaffection croissante en faveur d’autres religions. Face à cette pression, le gouvernement a fini par céder en annonçant la création d’une branche orthodoxe Oromo, ce qui a provoqué une onde de choc au sein de l’institution.
Une crise religieuse aux conséquences politiques
La crise a atteint son paroxysme en février 2023. Dans la région d’Oromia, considérée comme le fief de la communauté, une attaque contre une église orthodoxe à Shashamane a coûté la vie à trois personnes. Le Saint-Synode, la plus haute instance de l’Église, a dénoncé cet acte comme une persécution et a accusé les autorités religieuses de discriminations envers la communauté Oromo.
Cette crise n’est pas seulement religieuse, elle a des répercussions directes sur la stabilité nationale. Après la signature du traité de paix avec le Tigré en novembre 2022, qui a mis fin à une guerre civile de deux ans, l’Éthiopie est particulièrement fragile. La division de l’Église orthodoxe, qui a une influence immense sur la vie sociale et politique du pays, pourrait menacer la paix chèrement acquise.
La question se pose avec une acuité particulière :
L’Église orthodoxe éthiopienne est-elle au bord du schisme ? Les événements récents montrent que les tensions culturelles et linguistiques, longtemps ignorées par l’Église, ont atteint un point critique.