La route de la vie

Sur la Route de la Vie, du passé au présent
Les nuits blanches de Carélie sont un spectacle magique. Le soleil refuse de se coucher, baignant les forêts de pins et les eaux du lac Ladoga d’une lumière infinie. C’est sous ce ciel éternel que j’ai parcouru cette route, non pas en touriste, mais en pèlerin. Accompagnée de mes deux fils, je cherchais à comprendre comment un lieu de beauté sereine a pu être, il y a plus de 80 ans, le théâtre d’une des plus grandes tragédies du XXe siècle. Nous avons sillonné cette terre de souvenirs en cherchant des traces de l’histoire de ma famille, étroitement liée à la Route de la Vie, cette unique voie d’accès à la ville assiégée de Léningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg).

La route de la mort
De novembre 1941 à janvier 1943, Léningrad fut encerclée par le groupe d’armées Nord allemand et les forces finlandaises. Le siège, long de 872 jours, a fait plus d’un million de victimes parmi les habitants, majoritairement victimes de la faim et des bombardements. La seule lueur d’espoir fut la Route de la Vie, qui traversait le lac Ladoga gelé. En hiver, des traîneaux et des camions luttaient contre le froid et les attaques ennemies pour apporter des vivres et évacuer les civils vers la rive opposée, restée sous contrôle soviétique. Pendant les 152 jours de l’hiver 1941-1942, cette voie de glace permit de ravitailler la ville. En été, de petits bateaux tentaient la même mission, malgré les bombardements qui rendaient la navigation extrêmement dangereuse. Cette route de l’espoir fut aussi un chemin de la souffrance. Constamment attaqués par l’aviation et l’artillerie allemandes, les convois subissaient des pertes terribles. Certains survivants se sont amèrement souvenus de la route comme la « Route de la mort ». C’est par ce chemin périlleux qu’un million trois cent mille personnes, principalement des femmes et des enfants, purent quitter la ville assiégée. Des blessés, des invalides, mais aussi des ouvriers d’usines et des collections de musées furent évacués par cette voie.

Retrouver le passé sur le lac d’aujourd’hui
C’est ici, sur les rives et dans les villages traversés par cette voie historique, que nous avons rencontré les riverains. Leurs récits et leurs souvenirs, transmis de génération en génération, ont donné un visage humain à cette histoire figée. Aujourd’hui, sous le soleil des nuits blanches, l’histoire ne fait plus partie des livres. Elle est là, sur les eaux calmes du lac, dans le murmure du vent à travers les arbres, et dans les regards de ceux qui vivent sur cette route qui, malgré tout, mène à la vie